Sans titre

Les 50 marocains les plus influents De G à D : Abdellah Zaâzaâ, le roi Mohammed VI, Abdessalam Yassine, Sofia, Moulay Hicham, Baddou Zaki, André Azoulay, Ahmed Raïssouni, Othmane Benjelloun Bearboz / Telquel 2004 (sur une idée de Time magazine) Pourquoi ceux-là et pas d'autres… et ce qu'il faut en déduire. Oui, TelQuel a eu son lot d'appels et de pressions pour faire figurer untel, ou tel autre, parmi la liste des 50 Marocains les plus influents. Pour certains, la parade était sincère ("votre catégorie n'était pas prévue dans le classement"). Pour d'autres, il a fallu ruser ("quel dommage, vous étiez prévu dans le classement, mais nous avons eu un mal fou à choisir entre vous et [quelqu'un de beaucoup plus important que lui]. Comme nous ne pouvions pas garder les deux, nous avons éliminé les deux. À notre grand regret, évidemment"). Ça, c'était pour la diplomatie. Sinon, un classement de cette nature est une chose sérieuse. Identifier les 50 Marocains les plus influents, c'est dresser un portrait du Maroc. C'est une lourde responsabilité, quand on prétend le montrer chaque semaine "tel qu'il est". Les critères (notamment la définition de "l'influence"), les noms, les angles des portraits, tout cela a donc fait l'objet de multiples réunions de l'équipe rédactionnelle de TelQuel au complet. Au total, près de 20 heures de débats passionnés. Très souvent, nous avons dû recourir au vote. Un vote démocratique, où toutes les voix se valaient. Beaucoup ont ainsi été éliminés, quelques-uns repêchés… Au final, ce classement renseigne sur bien des aspects du Maroc d'aujourd'hui. En politique, notamment, il faut noter… l'absence des politiciens, sauf un : Saâdeddine Othmani, secrétaire général du PJD. À TelQuel, nous n'avons jamais eu d'atomes crochus avec le parti islamiste, mais force est d'admettre que son leader est un personnage qui compte. L'influence des autres est quasi nulle, ou alors avec un rayon très limité. Sur 35 ministres, par exemple, et en plus du Premier, nous n'en avons retenu que deux : Fouad Ali Al Himma et Taïeb Fassi Fihri. À noter que ces trois hommes ne sont pas partisans, mais tirent leur légitimité de leur proximité avec le roi. Le Parlement ? Aucun nom de député n'a été débattu, ni même évoqué. C'est tout dire. La politique marocaine "telle qu'elle est"… Toujours dans la catégorie "politique", et c'est encore un enseignement, les opposants ne sont pas très représentés. Il n'y en a que deux : Moulay Hicham et Abdessalam Yassine. Le premier ne menace pas le trône et le second ne le menace que potentiellement - voire vaguement. C'est tout de même rassurant pour la royauté. Après 5 ans de règne de Hassan II, ils étaient incomparablement plus nombreux… En business, ne relevons que la tête de liste, Mounir Majidi, qui doit toute sa fortune (au sens de "chance" plus que d'"argent") au roi. C'est également un indice très révélateur du "Maroc tel qu'il est" : un pays où la politique et les affaires restent très imbriquées, et ce n'est pas un signe de maturité. Sur tous les autres businessmen présents, et mis à part Bouchaïb Rami qui a construit sa légitimité à partir de l'étranger, seuls deux hommes peuvent prétendre être autonomes du Makhzen économique. Le premier, Othmane Benjelloun, est même en guerre contre ce système, après en avoir longtemps été le produit. Le second, l'autodidacte Miloud Chaâbi, a su faire prospérer ses affaires sans trop s'approcher du Palais. C'est tout à leur honneur, dans ces conditions, d'avoir préservé leur richesse et leur influence. Première remarque pour la catégorie "société civile". Elle comporte plus de noms que la catégorie "politique". C'est, en soi, révélateur. Tous font ce qu'aucun politique ne fait : du terrain, et encore du terrain. Notons que la moitié d'entre eux sont d'anciens militants politiques déçus de la gauche, et que les islamistes n'ont pas droit de cité dans cette rubrique. Cela ne veut pas dire que les islamistes ne sont pas en prise directe avec le peuple, bien au contraire. Mais leur approche de l'action sociale se nourrit toujours de visées politiques. Pour eux, faire du social, c'est recruter. Ce n'est le cas d'aucun membre influent de la société civile. Et c'est heureux. Deuxième remarque : la majorité d'entre eux sont des femmes et c'est, de loin, la catégorie où celles-ci sont le plus représentées. La catégorie "arts, culture et divertissement" (là encore, pas mal de femmes) est la plus fournie de ce classement. Cela confirme ce que nous avons toujours écrit : le Maroc est en pleine movida. C'est très enthousiasmant. En "sport", il ne faut pas chercher loin, il n'y en a que deux qui vaillent la peine d'être cités : le foot et l'athlétisme. Et les stars sont les décisionnaires, pas les sportifs eux-mêmes. Avoir eu un Aouita et un Naybet, cela place la barre très haut. El Guerrouj, malgré ses titres et ses records, ne fait pas rêver les masses de sportifs anonymes. Question de personnalité, sans doute. Reste la rubrique "idées". Sur les 6 penseurs qui y figurent, la moitié s'intéressent prioritairement à l'islam, l'autre moitié à l'identité marocaine et à sa place dans le monde. Et aucun autre penseur national n'a plus d'influence que ces six là. Voilà sans doute l'enseignement majeur de ce dossier. Avant de savoir où nous allons et qui nous y mène, il nous faut répondre à une question cruciale : qui sommes-nous ?
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