Le poéte et le philosophe que j'aime

"La Raison sans la Connaissance est comme un sol inculte

ou un corps humain sous-alimenté"

Khalil Gibran

               

        Gibran Khalil GIBRAN est né en 1883 à Bcharré au Liban,  issu d'une famille chrétienne (son grand-père était prêtre maronite). En 1894 il émigre aux USA avec sa mère, retourne au Liban en 1897 pour y faire ses études à l'École de la Sagesse de Beyrouth. En 1901 il voyage en Grèce, Italie, Espagne, France, où il étudie la peinture. Il écrit alors Les Esprits Rebelles, un livre qui sera  brûlé en place publique à Beyrouth et considéré comme hérétique par les autorités maronites.        

En 1908, à Paris,  il travaille à l'Académie Julian et à l'École des Beaux Arts, et il fréquente Rodin, Debussy, Maeterlinck, Edmond Rostand... En 1910  il retourne définitivement aux USA (New York) pour se consacrer à la peinture et à la poésie. 

C'est en 1923 qu'il écrit son chef d'oeuvre : Le prophète . Il meurt à New York en 1931; son corps sera ramené au Liban, dans sa ville natale de Bcharré.      

        

Le prophète

v      Les enfants

v      La vie

v      La libérté

v      L’amitié

v      L’amour

v      Le mariage

v      La Connaissance de Soi... 

v      L’enseignement

v      La Raison et la Passion...

v      La Religion...

 

    v LES ENFANTS  

Et une femme qui portait un enfant dans les bras dit: 
Parlez-nous des Enfants.
Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l'appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu'ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour mais non point vos pensées,
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez accueillir leurs corps mais pas leurs âmes,
Car leurs âmes habitent la maison de demain, que vous ne pouvez visiter,
pas même dans vos rêves.
Vous pouvez vous efforcer d'être comme eux,
mais ne tentez pas de les faire comme vous.
Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s'attarde avec hier. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetés.
L'Archer voit le but sur le chemin de l'infini, et Il vous tend de Sa puissance
pour que Ses flèches puissent voler vite et loin.
Que votre tension par la main de l'Archer soit pour la joie;
Car de même qu'Il aime la flèche qui vole, Il aime l'arc qui est stable. 

  

  v LA VIE 

La Vie est comme une île perdue dans l'océan de la solitude, une île dont les rochers seraient nos espérances, et les arbres nos rêves, dont les fleurs seraient notre solitude et les ruisseaux nos aspirations.

3Votre Vie, ami, est une île séparée de toutes les autres îles et régions.  3 Quel que soit le nombre de bateaux qui quittent vos rivages pour d'autres pays, quel que soit le nombre de flottes qui y accostent, 3vous serez à jamais une île séparée, souffrant les affres de la solitude et aspirant au bonheur.  3 Les autres hommes ne vous connaissent point et ils sont loin de compatir à votre solitude ou de vous comprendre.

Je t'ai aperçu mon frère quand, assis sur ton monticule d'or, tu te réjouissais de tes richesses. 

Tu étais fier de tes trésors et ancré dans la conviction que chaque poignée d'or amassée tisserait un lien invisible entre les désirs et les pensées d'autrui et les tiens propres.

Dans mon imagination tu apparaissais en grand conquérant, conduisant ses troupes à l'assaut des forteresses de l'ennemi. 

Mais quand à nouveau je regardai, je ne vis plus qu'un coeur solitaire se languissant derrière ses coffres d'or, qu'un oiseau affamé dans une cage dorée à la mangeoire vide.

Mon frère, je t'ai vu alors que tu étais assis sur le trône de la gloire. 

Tout autour, le peuple t'acclamait comme sa majesté. 

Il chantait les louanges de tes actes et magnifiait ta sagesse.

Les yeux étaient fixés sur toi comme sur un prophète et les chants des esprits réjouis montaient jusqu'à la voûte céleste.

Lorsque tu regardais tes sujets, je distinguais dans ton regard les signes du bonheur, de la puissance et du triomphe, tu paraissais être l'âme de leur corps.

Mais, quand à nouveau je regardai, tu étais seul dans ta solitude.

Debout près de ton trône, tu te tournais dans toutes les directions, les bras tendus, comme un exilé qui demanderait grâce et miséricorde à d'invisibles fantômes ou qui mendierait un abri, ne serait-ce que celui pouvant offrir chaleur et amitié.

Mon frère, je t'ai vu aimer une femme merveilleusement belle et poser ton coeur sur l'autel de sa beauté. 

Quand je la vis te regarder, les yeux empreints de tendresse et d'amour maternel, je me dis: « Puisse vivre longtemps l'amour qui a chassé la solitude du coeur de cet homme et l'a uni à un autre coeur. »

Hélas, quand à nouveau je regardai, dans ton coeur aimant la solitude était enclose !

Il révélait tout haut ses secrets à la femme aimée, en vain. 

Car, derrière ton âme pleine d'amour, je distinguai une autre âme solitaire.

Elle ressemblait à un nuage errant que tu eusses voulu transformer en larmes coulant dans les yeux de ta bien-aimée...

Mon frère, ta vie est comme une maison isolée, loin de toute demeure humaine.

Une maison où aucun regard étranger ne peut pénétrer. 

Si elle était privée de lumière, la lampe e ton voisin ne pourrait l'éclairer.

Si elle était sans vivres, les garde-manger de tes voisins ne pourraient lui en procurer. 

Si elle s'élevait dans le désert, tu ne pourrais la transporter dans le jardin d'autres hommes, labouré et cultivé par d'autres mains. 

Si elle était construite au sommet d'une montagne, tu ne pourrais la descendre dans la vallée, parcourue par le pas d'autres hommes.

Mon frère, la vie de l'esprit s'écoule dans la solitude, et n'y aurait-il cette solitude et cet isolement, tu ne serais point ce que tu es, ni moi ce que je suis. 

Sans cet isolement et cette solitude, j'arriverais à croire en entendant ta voix que c'est ma voix qui parle, ou en voyant ton visage que c'est le reflet de moi-même dans un miroir. 

 

v     LA LIBERTÉ 

Vous serez vraiment libres non pas lorsque vos jours seront sans soucis et vos nuits sans désir ni peine, 

Mais plutôt lorsque votre vie sera enrobée de toutes ces choses 

et que vous vous élèverez au-dessus d'elles, nus et sans entraves. 

Et comment vous élèverez-vous au-dessus de vos jours et de vos nuits sinon en brisant les chaînes qu'à l'aube de votre intelligence vous avez nouées autour de votre heure de midi ? 

En vérité, ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, même si ses maillons brillent au soleil et vous aveuglent.

Et qu'est-ce sinon des fragments de votre propre moi que vous voudriez écarter pour devenir libres ?

Si c'est une loi injuste que vous voulez abolir, cette loi a été écrite de votre propre main sur votre propre front. 

Vous ne pourrez pas l'effacer en brûlant vos livres de lois ni en lavant les fronts de vos juges, quand bien même vous y déverseriez la mer. 

Et si c'est un despote que vous voulez détrôner, veillez d'abord à ce que son trône érigé en vous soit détruit.

Car comment le tyran pourrait-il dominer l'homme libre et fier si dans sa liberté ne se trouvait une tyrannie et dans sa fierté, un déshonneur ? 

Et si c'est une inquiétude dont vous voulez vous délivrer, cette inquiétude a été choisie par vous plutôt qu'imposée à vous. 

Et si c'est une crainte que vous voulez dissiper, le siège de cette crainte est dans votre coeur, et non pas dans la main que vous craignez. 

En vérité, toutes ces choses se meuvent en votre être dans une perpétuelle et demi-étreinte, ce que vous craignez et ce que vous désirez, ce qui vous répugne et ce que vous aimez, ce que vous recherchez et ce que vous voudriez fuir.

Ces choses se meuvent en vous comme des lumières et des ombres attachées deux à deux.

Et quand une ombre faiblit et disparaît, la lumière qui subsiste devient l'ombre d'une autre lumière. 

Ainsi en est-il de votre liberté qui, quand elle perd ses chaînes, devient elle-même les chaînes d'une liberté plus grande encore.  

 

v     L'AMITIÉ

Et un jeune dit, Parle-nous de l'Amitié.
Et il répondit, disant:
Votre ami est votre besoin qui a trouvé une réponse.
Il est le champ que vous semez avec amour et moissonnez avec reconnaissance.
Il est votre table et votre foyer.
Car vous venez à lui avec votre faim, et vous cherchez en lui la paix.
Lorsque votre ami parle de ses pensées vous ne craignez
pas le 'non' de votre esprit, ni ne refusez le 'oui'.
Et quand il est silencieux votre coeur ne cesse d'écouter son coeur;
Car en amitié, toutes les pensées, tous les désirs, toutes les attentes naissent et sont partagés sans mots, dans une joie muette.
Quand vous vous séparez de votre ami, ne vous désolez pas ;
Car ce que vous aimez en lui peut être plus clair en son absence, comme la montagne pour le randonneur est plus visible vue de la plaine.
Et qu'il n'y ait d'autre intention dans l'amitié que l'approfondissement de l'esprit.
Car l'amour qui cherche autre chose que la révélation de son propre mystère n'est pas l'amour, mais un filet jeté au loin : et ce que vous prenez est vain.
Et donnez à votre ami le meilleur de vous-même.
Et s'il doit connaître le reflux de votre marée, laissez le connaître aussi son flux.
Car qu'est-ce que votre ami si vous venez le voir avec pour tout présent des heures à tuer  ?
Venez toujours le voir avec des heures à faire vivre.
Car il est là pour remplir vos besoins, et non votre néant.
Et dans la tendresse de l'amitié qu'il y ait le rire et le partage des plaisirs.
Car dans la rosée de menues choses le coeur trouve son matin et sa fraîcheur.  

 

  v   L'AMOUR 

Alors al-Mitra dit : Parle-nous de l'Amour.
Il leva la tête et regarda la foule sur laquelle un grand silence s'était abattu. D'une voix assurée, il dit:
Quand l'amour vous fait signe, suivez-le,
Bien que ses chemins soient raides et ardus.
Et quand il vous enveloppe de ses ailes, cédez-lui,
Même si l'épée cachée dans ses pennes vous blesse,
Et quand il vous parle, croyez en lui,
Même si sa voix brise vos rêves comme le vent du nord dévastant un jardin.
Car si l'amour vous couronne, il vous crucifie aussi. Et s'il est pour votre croissance, il est aussi pour votre élagage.
De même qu'il s'élève à votre hauteur pour caresser vos plus tendres branches frémissant dans le soleil,
Il descend jusqu'à vos racines et les secoue de leur adhérence à la terre.
Telles des gerbes de blé, il vous ramasse et vous serre contre lui.
Il vous vanne pour vous dénuder.
Il vous tamise pour vous libérer de votre enveloppe.
Il vous pile jusqu'à la blancheur.
Il vous pétrit jusqu'à vous rendre malléables;
Puis il vous assigne à son feu sacré afin que vous deveniez pain sacré au festin sacré de Dieu.
Tout cela, l'amour vous le fait subir afin que vous connaissiez les secrets de votre coeur et, au travers de cette connaissance, deveniez fragment du coeur de la Vie.
Mais si, pusillanimes, vous ne recherchiez que la paix de l'amour et sa volupté,
Mieux vaudrait pour vous couvrir votre nudité et sortir de l'aire de l'amour,
Pour pénétrer dans le monde sans saisons en lequel vous rirez, mais pas de tout votre rire, et pleurerez, mais pas de toutes vos larmes.
L'amour ne donne que de lui même et ne prend que de lui-même.
L'amour ne possède pas et ne saurait être possédé.
Car l'amour suffit à l'amour.
Lorsque vous aimez, vous ne devriez pas dire : 'Dieu est dans mon coeur', mais plutôt : 'Je suis dans le coeur de Dieu.'
Et ne croyez pas qu'il vous appartienne de diriger le cours de l'amour, car c'est l'amour, s'il vous en juge dignes, qui dirigera le vôtre.
L'amour n'a d'autre désir que de s'accomplir.
Mais si vous aimez et ne pouvez échapper aux désirs, qu'ils soient ceux-ci:
Vous dissoudre et être comme l'eau vive d'un ruisseau chantant sa melopée à la nuit,
Connaître la douleur d'une tendresse excessive,
Recevoir la blessure de votre conception de l'amour,
Perdre votre sang volontiers et avec joie,
Vous réveiller aux aurores, le coeur ailé, et rendre grâces pour une nouvelle journée d'amour,
Vous reposer à l'heure du méridien et méditer l'extase de l'amour,
Revenir à votre foyer le soir, avec gratitude,
Puis vous endormir avec au coeur une prière pour l'être aimé et sur vos lèvres un chant de louange.  

 

 v    Le MARIAGE

Al-Mitra reprit la parole. Elle demanda : Maître, que dire du Mariage?
Il répondit:
Ensemble êtes-vous nés et ensemble resterez-vous pour toujours.
Quand les blanches ailes de la mort éparpilleront vos jours, vous serez ensemble.
Oui, vous serez ensemble dans la mémoire silencieuse de Dieu.
Mais qu'il y ait des espaces dans votre entente.
Que les vents des cieux puissent danser entre vous.
Aimez-vous, l'un l'autre, mais ne faites pas de l'amour un carcan:
Qu'il soit plutôt mer mouvante entre les rives de vos âmes.
Remplissez, chacun, la coupe de l'autre, mais ne buvez pas à la même.
Donnez-vous l'un à l'autre de votre pain, mais ne partagez pas le même morceau.
Chantez et dansez ensemble, et soyez joyeux, mais que chacun demeure isolé,
Comme sont isolées les cordes du luth, bien que frémissantes de la même musique.
Donnez vos coeurs, mais pas à la garde de l'autre,
Car vos coeurs, seule la main de Dieu peut les contenir.
Et dressez-vous ensemble, mais pas trop près l'un de l'autre:
Car les piliers du temple se dressent séparément,
Et le chêne et le cyprès ne peuvent croître dans leur ombre mutuelle.

 

  v     LA CONNAISSANCE DE SOI


Vos cœurs connaissent en silence les secrets des jours et des nuits.
Mais vos oreilles se languissent d'entendre la voix de la connaissance en vos cœurs.
Vous voudriez savoir avec des mots ce que vous avez toujours su en pensée.
Vous voudriez toucher du doigt le corps nu de vos rêves.
Et il est bon qu'il en soit ainsi.
La source secrète de votre âme doit jaillir et couler en chuchotant vers la mer, 
Et le trésor de vos abysses infinis se révéler à vos yeux.
Mais qu'il n'y ait point de balance pour peser votre trésor inconnu,
Et ne sondez pas les profondeurs de votre connaissance avec tige ou jauge,
Car le soi est une mer sans limites ni mesures.
Ne dites pas: 'J'ai trouvé la vérité', mais plutôt: 'J'ai trouvé une vérité'.
Ne dites pas: 'J'ai trouvé le chemin de l'âme'. Dites plutôt: 'J'ai rencontre l'âme marchant sur mon chemin'.
Car l'âme marche sur tous les chemins.
L'âme ne marche pas sur une ligne de crête, pas plus qu'elle ne croit tel un roseau.
L'âme se déploie, comme un lotus aux pétales innombrables

 

 

  v   L’ENSEIGNEMENT

Personne ne peut vous apprendre quoi que ce soit qui ne repose déjà au fond d'un demi-sommeil dans l'aube de votre connaissance.
Le maître qui marche parmi les disciples, à l'ombre du temple, ne donne pas de sa sagesse, mais plutôt de sa foi et de sa capacité d'amour.
S'il est vraiment sage, il ne vous invite pas à entrer dans la demeure de sa sagesse. Il vous conduit jusqu'au seuil de votre esprit.
L'astronome peut vous parler de son entendement de l'espace. Il ne peut vous donner son entendement. 
Le musicien peut vous interpréter le rythme qui régit tout espace. Il ne peut vous donner l'ouïe qui capte le rythme, ni la voix qui lui fait écho.
Celui qui est versé dans la science des nombres peut décrire les régions du poids et de la mesure. Il ne peut vous y emmener.
Car la vision d'un être ne prête pas ses ailes à d'autres,
De même que chacun de vous se tient seul dans la connaissance de Dieu, chacun de vous doit demeurer seul dans sa connaissance de Dieu et dans son entendement de la terre.

 

 

  v   LE TRAVAIL

Vous travaillez afin de marcher au rythme la terre et de l'âme de la terre.
Car être oisif est devenir étranger aux saisons, et s'écarter de la procession de la vie, qui marche avec majesté et en une fière soumission vers l'infini.
Quand vous travaillez, vous êtes une flûte dont le cœur transforme en musique le chuchotement des heures.
Qui parmi vous voudrait être un roseau muet et silencieux, alors que le monde entier chante à l'unisson ?
On vous a toujours dit que le travail est une malédiction et que le labeur est une malchance.
Mais je vous le dis, quand vous travaillez, vous accomplissez une part du rêve le plus ancien de la terre, qui vous fut assignée lorsque ce rêve naquit.
Et en vous gardant proche du travail, vous êtes dans le véritable amour de la vie.
Et aimer la vie par le labeur est devenir intime avec le plus profond secret de la vie.
Mais si dans votre souffrance, vous considérez la naissance comme une affliction, et le poids de la chair comme une malédiction inscrite sur votre front, alors je réponds que rien d'autre que la sueur de votre front peut laver ce qui y est inscrit.

On vous a dit aussi que la vie est obscurité, et dans votre lassitude vous répétez ce que disent les las.
Et je vous dis que la vie est en effet obscure sauf là où il y a élan,
Et tout élan est aveugle sauf là où il y a la connaissance.
Et toute connaissance est vaine sauf là où il y a le travail,
Et tout travail est futile sauf là où il y a l'amour ;

Et quand vous travaillez avec amour vous attachez votre être à votre être, et vous aux autres, et vous à Dieu.
Et que veut dire travailler avec amour ?
C'est tisser une étoffe avec un fil tiré de votre cœur, comme si votre bien-aimé devait porter cette étoffe.
C'est bâtir une maison avec affection, comme si votre bien-aimé devait résider dans cette maison.
C'est semer le grain avec tendresse, et récolter la moisson dans la joie, comme si votre bien-aimé devait en manger le fruit.
C'est insuffler dans toutes les choses que vous fabriquez l'essence de votre esprit.
Et savoir que tous les morts vénérables se tiennent près de vous et regardent.

Je vous ai souvent entendu dire, comme si vous parliez dans votre sommeil, 'Celui qui travaille le marbre, et dévoile dans la pierre la forme de son âme, est plus noble que celui qui laboure la terre.
Et celui qui s'empare de l'arc-en-ciel pour l'étendre sur une toile à l'image d'un homme, vaut plus que celui qui fabrique des sandales pour nos pieds.'
Mais je dis, non en mon sommeil, mais dans le plein éveil du milieu du jour, que le vent ne parle pas avec plus de tendresse au chêne géant qu'au moindre des brins de l'herbe ;
Et que seul est grand celui qui, par son propre amour, métamorphose la voix du vent en un chant plus doux.
Le travail est l'amour rendu visible.
Et si vous ne pouvez travailler avec amour mais seulement avec dégoût, il vaut mieux quitter votre travail et vous asseoir à la porte du temple et recevoir l'aumône de ceux qui travaillent dans la joie.
Car si vous faites le pain avec indifférence, vous faites un pain amer qui n'apaise qu'à moitié la faim de l'homme.
Et si vous pressez le raisin de mauvaise grâce, votre rancune distille un poison dans le vin.
Et si vous chantez comme les anges, mais n'aimez pas le chant, vous voilez aux oreilles de l'homme les voix du jour et les voix de la nuit.

 

v     La raison et la passion

 

Votre âme est souvent un champ de bataille au sein duquel votre raison et votre jugement luttent contre votre passion et votre instinct.
Puissé-je être l'émissaire de paix de votre âme, et transformer la discorde et la rivalité de ce qui vous constitue en unité et mélodie.
Mais comment le pourrais-je, à moins que vous-même ne soyez l'émissaire de paix, plus encore, l'ami intime de ce qui vous fonde ?
Votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme qui navigue de port en port.
Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent, vous ne pouvez qu'être ballottés et aller à la dérive, ou rester ancrés au milieu de la mer.
Car la raison, régnant seule, est une force qui brise tout élan ; et la passion, livrée à elle-même, est une flamme qui se consume jusqu'à sa propre extinction.
Aussi, laissez votre âme exalter votre raison jusqu'aux hauteurs de la passion, de sorte qu'elle puisse chanter ;
Et laissez la diriger votre passion avec raison, afin que la passion puisse vivre au travers de son incessante résurrection, et tel le phœnix renaître de ses propres cendres.
Je voudrais que vous considériez votre jugement et votre instinct ainsi que vous le feriez dans votre maison de deux hôtes bien aimés.
Vous ne voudriez certainement pas honorer un hôte plus que l'autre ; car celui qui porte plus d'attention à l'un perd l'amour et la confiance de tous les deux.
Lorsque parmi les collines, vous êtes assis à l'ombre fraîche des peupliers blancs, partageant la paix et la sérénité des champs et des prairies qui s'étendent au loin - alors laissez votre cœur dire en silence, 'Dieu se repose en la raison'.
Et quand la tempête arrive, et qu'un vent fort secoue la forêt, et que le tonnerre et l'éclair proclament la majesté des cieux - alors laissez votre cœur dire avec respect, 'Dieu agit dans la passion'.
Et puisque vous êtes un souffle dans la sphère de Dieu, et une feuille dans la forêt de Dieu, vous devez reposer en la raison, et agir avec passion.

 

v     LA RELIGION

 

La religion n'est-elle pas tout acte et toute réflexion,
Et ce qui est ni acte ni réflexion, mais un émerveillement et une surprise jaillissant sans trêve de l'âme, même quand les mains taillent la pierre ou tendent le métier à tisser ?
Qui peut disjoindre sa foi de ses actions, ou sa conviction de ses occupations ?
Qui peut répandre ses heures devant lui, disant, 'Celles-ci pour Dieu et celles-là pour moi-même ; celles-ci pour mon âme et ces autres pour mon corps' ?
Toutes vos heures sont des ailes qui battent à travers l'espace qui sépare votre moi de votre moi.
Celui qui porte sa moralité comme ses plus beaux habits, serait mieux dénudé.
Le vent et le soleil ne marqueront pas de rides dans sa peau.
Et celui qui règle sa conduite selon la morale emprisonne l'oiseau chanteur de son être dans une cage.
Le chant le plus libre ne peut passer à travers les barreaux et les grilles.
Et celui pour qui le culte est une fenêtre, que l'on peut aussi bien ouvrir que fermer, n'a pas encore visité la maison de son âme dont les fenêtres sont ouvertes de l'aurore à l'aurore.
Votre vie de tous les jours est votre temple et votre religion.
Chaque fois que vous y pénétrez, emportez avec vous votre être tout entier.
Prenez la charrue et la forge et le maillet et le luth,
Les choses que vous avez façonnées pour votre besoin ou pour votre délice.
Car dans le rêve, vous ne pouvez vous élever au-delà de vos réussites ni sombrer plus bas que vos échecs.
Et prenez tous les hommes avec vous :
Car dans l'adoration vous ne pouvez voler plus haut que leurs espoirs ni vous abaisser plus bas que leur désespoir.
Et si vous voulez connaître Dieu, ne soyez donc pas celui qui résout les énigmes.
Regardez plutôt auprès de vous, et vous Le verrez jouant avec vos enfants,
Et regardez dans l'espace ; vous Le verrez marchant dans les nuages, étendant Ses bras dans l'éclair et retombant en pluie.
Vous Le verrez sourire dans les fleurs, puis s'élevant et agitant Ses mains dans les arbres.

7 votes. Moyenne 4.00 sur 5.

Commentaires (8)

1. hicham 22/03/2005

bonjour est ce que ca va je m'apelle hicham et je suis tres heureux de votre site et c'est une bonne idee à bientot

2. Alcide Bava 09/11/2005

je trouve ce site exeptionnel il ouvre l'esprit mais éssayez d'y faire paraitre des poémes traduit!!! merci et bonne continuation

3. fati 29/12/2005

slt ce site est vraiment excelent et amusant
ca me plait bcp de voir tout dans ce dernier il est impecable

4. Cool 05/04/2006

Je te dit chapeau et triple chapeau!!! Ton site et manifique. J'ai adoré ta facon de raconter les choses!!! Et le graphisme et excelent!!! Tu sera peut être un grand poète!!! Bravo pour toi!!! Pourais tu m'apprendre comment faire un site??

5. nounou 12/12/2006

t'es magnifique et surtout apprend moi comment faire

6. 26/02/2007

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7. tarek 14/05/2010

j'adore gibran khalil gibran mon poête préféré........ c'est le poête et le pilosophe que j'adore*****

8. yamnakhadar 23/03/2014

mille merci ce site est vraiment une richesse aux internautes

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